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Hommage à Robert Castel

Hommage à Robert Castel

Photo de Robert Castel dans Je suis timide mais je me soigne (1978) de Pierre Richard © StudioCanal


Robert Castel était si drôle et si gentil.
Quel plaisir d’avoir tourné avec lui dans un de mes films.

J’en ai marre de perdre ceux que j’aime ! Je suis triste.
Pierre Richard

Second rôle marquant de la comédie à la française, Robert Castel nous a quittés le 5 décembre 2020 à l’âge de 87 ans.

 Robert Castel, Je pose soixante-quinze, mais je retiens tout, 2008, Ramsay« Pour moi, l’événement le plus important qui se produisit dans le monde eut lieu le 21 mai 1933 à Alger, rue du Dauphiné. Il était 7 h 35. Je venais de naître. Le monde en fut ébranlé. Alors mon père et ma mère (que Dieu les bénisse) choisirent mon prénom. Ce fut Robert. Mon nom, je l’avais déjà, bien sûr. C’était Moyal. Et Castel, c’est quoi ? Tout bêtement un pseudonyme que j’ai emprunté pour « faire l’artiste ». Parfois je pense que j’ai eu tort. Pas de faire l’artiste. D’avoir pris un pseudonyme. J’aurais dû faire comme Victor Hugo et Blaise Pascal. Nous aurions été les trois, entre autres, à garder notre nom. Mais j’ai fait comme Molière et Raimu. Donc nous sommes trois à porter un pseudonyme. En plus, les trois on a fait du théâtre. Ce n’est pas plus mal, allez ! ».

Tirés de son autobiographie Je pose soixante-quinze, mais je retiens tout parue en 2008, ces mots de Robert Castel témoignent de la personnalité haute en couleurs d’un artiste aujourd’hui considéré comme l’inventeur du style pied-noir.

Robert Castel (Robert le bègue) en 1957 dans La Famille Hernandez - © Studio Lipnitzki/R. Viollet

Originaire d’Alger, le petit Robert est très tôt bercé par le violon de son père, un maître de la musique arabo-andalouse populaire dite chaàbi, et l’accompagne lors de ses concerts en jouant du tar (tambour) puis de la guitare. Un beau jour de 1957, en plein traumatisme de la guerre d’Algérie, le jeune homme débarque à Paris pour jouer aux côtés de Lucette Sahuquet et Marthe Villalonga La Famille Hernandez, une pièce de la dramaturge algérienne Geneviève Baïlac sur la vie des Pieds-Noirs dans l’Algérie de la fin des années 1950. C’est un succès. Le comédien affirme même avoir joué la pièce 1177 fois ! Après une période de galères en compagnie de Lucette Sahuquet devenue son épouse, le duo triomphe à l’Olympia durant un an en supplément de programme.

Après un passage chez Édouard Molinaro (Un témoin dans la ville, 1959) puis chez Alain Cavalier (L’Insoumis, 1964), le comédien intègre progressivement le casting de comédies populaires, à commencer par un film de Marcel Moussy dans lequel il côtoie Robert Dhéry, Colette Brosset et Jean Poiret : « Le tournage de Trois Hommes sur un cheval avec Jean Poiret reste pour moi un merveilleux souvenir. (…) Il m’a fait mourir de rire. C’est un des hommes les plus spirituels que j’ai connus. Les conneries fusaient sur le plateau comme un tir de kalachnikov. J’essayais de lui renvoyer la balle. Il me retournait un smash ou une volée ! Allez courir derrière ! ».

Robert Dhéry et Robert Castel dans 3 hommes sur un cheval (Marcel Moussy, 1969) - © Films de la Pléïade

On le retrouve deux ans plus tard aux côtés de Michel Constantin et Mireille Darc dans Il était une fois un flic, une comédie policière de Georges Lautner écrite par Francis Veber.

Michel Constantin et Robert Castel dans Il était une fois un flic (Georges Lautner, 1971) - © Gaumont

L’année suivante, une surprise l’attend au bout du fil : « Un jour, au téléphone, Yves Robert me dit : « Je vais tourner un film, Le Grand blond avec une chaussure noire, avec Pierre Richard et Mireille Darc. J’ai un rôle à vous proposer. Voulez-vous faire du cinématographe avec moi ? » Texto. Je réponds : « Du cinéma ? C’est à voir. » Je pars le rencontrer dans les bureaux de la Gaumont. Il m’accueille en me disant : « Vous avez du génie. » Je nie : « Non, non. Vous me dites ça pour faire baisser les prix. » Il insiste : « Non, non, vraiment je le pense. » Je lui dis : « Bon, j’accepte. » Finalement je signe mon contrat. Sur le plateau, je fais la connaissance de Bernard Blier, Jean Rochefort et Mireille Darc. J’arrive à sauver le film qui obtient un gros succès, grâce un peu à Pierre Richard et à Mireille Darc. Et aussi grâce aux autres. »

Mireille Darc, Robert Castel et Bernard Blier dans Le Grand Blond avec une chaussure noire (Yves Robert, 1972) - © Gaumont

La même année, il incarne le voisin désagréable de Marthe Keller et Jacques Higelin dans Elle court, elle court la banlieue réalisé par Gérard Pirès : « Ce film me laisse le souvenir de deux ou trois scènes avec Victor Lanoux que je ne répudie pas. Gérard Pirès et Nicole de Buron, scénariste, nous ont laissés improviser. Victor Lanoux vient lui aussi du cabaret où il formait un couple de duettistes avec Pierre Richard. L’improvisation, il connaît. Lui et moi, nous nous sommes amusés en toute liberté surveillée. Je pense qu’avec les bobines non exploitées il y aurait matière à sortir un Elle court, elle court n°2. »

Robert Castel dans Elle court, elle court la banlieue (Gérard Pirès, 1972) - DR

Il promène ensuite son personnage fort en gueule chez Jean Girault (Le Permis de conduire, 1973), Robert Dhéry (Vos gueules, les mouettes !, 1974), Richard Balducci (Par ici la monnaie, 1974), Christian Gion (C’est dur pour tout le monde, 1975), Gérard Pirès (Attention les yeux !, 1975), Michel Gérard (Arrête ton char… bidasse !, 1977), Nicole de Buron (Vas-y maman, 1978), et entre dans la légende grâce au rôle que lui offre Pierre Richard dans Je suis timide mais je me soigne (1978), un joueur de pétanque nommé Trinita.

Entre 1979 et 1983, Robert Castel fait quelques apparitions marquantes dans Les Borsalini (Michel Nerval, 1979) aux côtés de Jean Lefebvre, Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour avoir une femme qui boit dans les cafés avec les hommes ? (Jan Saint-Hamont, 1979) qui obtint la médaille du plus long titre du cinéma comique français, ou Les P’tites Têtes (1982), l’unique réalisation de Bernard Menez.

Robert Castel et Jean Lefebvre dans Les Borsalini (Michel Nerval, 1979) - DR

Après seize ans d’absence au cinéma, partageant sa carrière entre la scène et la télévision, le comédien revient sur grand écran en 2000 dans Les marchands de sable, un drame de Pierre Salvadori. Il retrouve le chemin de la comédie en intégrant le casting de Trois zéros (Fabien Onteniente, 2001) puis Iznogoud (Patrick Braoudé, 2003) et Du jour au lendemain (Philippe Le Guay, 2005)

Robert Castel dans Iznogoud (Patrick Braoudé, 2003) - © TFM Distribution

Comme un écho à ses débuts, il fait sa dernière apparition en salles en 2016 aux côtés de Marthe Villalonga dans Ils sont partout, un film à sketches d’Yvan Attal.

Marthe Villalonga , Charlotte Gainsbourg et Robert Castel dans Ils sont partout (Yvan Attal, 2016) - © La Petite Reine - David Koskas

Robert Castel : « J’ai failli être un génie. Cela ne s’est pas fait. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être à cause d’un morceau mal choisi. Je veux dire une pièce de bœuf rebelle à la cuisson. Peut-être à cause d’un chèque espéré et non reçu. Souvent, il suffit d’un rien pour qu’un événement n’ait pas lieu. Un seul chèque vous manque et tout est dépeuplé. »

Malgré tout, on continue de l’appeler Trinita…

par Jérémie Imbert

À lire :
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