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Hommage à Gene Wilder

Hommage à Gene Wilder

Acteur, scénariste, réalisateur et producteur américain, Gene Wilder vient de nous quitter le 29 août 2016 à l’âge de 83 ans.

En évoquant Gene Wilder, nous vient immédiatement à l’esprit l’image d’une touffe de cheveux blonds frisés encerclant deux yeux bleus innocents portés par une silhouette souple et longiligne. La description pourrait aussi bien s’appliquer à Pierre Richard, qui a d’ailleurs failli tourner avec lui.

Gene Wilder et Pierre Richard - © photo : collection personnelle Pierre Richard

« Je ne sais pas comment je l’ai connu, raconte Pierre Richard dans son autobiographie Je sais rien, mais je dirai tout, mais la première fois que j’étais à New-York, les journalistes américains écrivaient à mon propos : « Le Gene Wilder français ». Du coup, je me suis demandé qui était ce Gene Wilder auquel on me comparait.
Je l’ai découvert dans les films de Mel Brooks.
Gene est venu à Paris, et je ne sais pas qui nous a présentés, mais on est devenus très copains. Il adorait la cuisine française, alors je l’emmenais dîner dans les bons restaurants de la capitale. Moi, je ne parlais pas anglais, ou mal, et lui, pas français. Alors on passait des soirées ensemble en mimant nos propos, à la grande joie des clients et du personnel.
Et puis un jour, Gene m’a dit :
– Je vais écrire un film pour nous deux.
Et il a écrit le film, d’ailleurs : The Naked Lady. Le film jouait évidemment sur notre ressemblance physique. Gene entrait dans le mauvais bureau au mauvais moment et se faisait kidnapper à ma place.
Je suis parti à Los Angeles avec Jean-Louis Livi, qui était mon agent à cette époque, pour le revoir, et signer mon contrat. Je suis arrivé dans un contexte absolument incroyable : ça faisait des mois qu’il y avait une grève des studios, tout Hollywood était stoppé, bloqué. Ça ne partait déjà pas très bien.
Mais pire : le cousin de Gene, qui apparemment était aussi son meilleur ami, venait de mourir d’une crise cardiaque, et son autre meilleur ami Richard Pryor était à l’hôpital entre la vie et la mort. Je suis donc tombé sur un Gene totalement abattu.
Il a été adorable, on a passé quelques jours ensemble, mais il m’a dit :
– Pierre, je n’ai plus envie de faire de comédie. »

Pierre Richard à propos de Gene Wilder / Les Rendez-vous du dimanche – 13 mars 1977

La comédie est le genre qui a révélé Gene Wilder, notamment sous la direction d’un autre géant du cinéma comique : Mel Brooks. Au sujet de sa rencontre avec le comédien, le cinéaste raconte qu’il l’avait remarqué dans Mère Courage et ses enfants (Mutter Courage und ihre Kinder), une pièce de Bertolt Brecht que Gene Wilder jouait avec Anne Bancroft, la petite amie de Mel Brooks à cette époque.

Zero Mostel, Lee Meredith et Gene Wilder dans Les Producteurs (Mel Brooks, 1967)

Après avoir promené sa silhouette dans diverses séries télé et obtenu un second rôle dans le classique d’Arthur Penn Bonnie and Clyde, Gene Wilder explose en 1968 aux côtés de Zero Mostel dans le premier film écrit et réalisé par le cinéaste new-yorkais : Les Producteurs. Wilder obtient une nomination aux Oscars dans la catégorie meilleur second rôle, et une statuette est décernée au film pour son scénario. [Voir la bande-annonce]

Les Producteurs (Mel Brooks, 1968)
Le Shérif est en prison (Mel Brooks, 1974)
Frankenstein Junior (Mel Brooks, 1974)

Avant de retrouver son réalisateur fétiche en 1974 pour le western parodique Le Shérif est en prison (Blazzing Saddles) [Voir la bande-annonce], Gene Wilder incarne – trente-quatre ans avant Johnny Depp dans le film de Tim Burton – Willy Wonka dans l’adaptation du roman de Roal Dahl Charlie et la chocolaterie mis en scène par Mel Stuart en 1971. [Voir la bande-annonce]

Gene Wilder dans Charlie et la chocolaterie (Mel Stuart, 1971)
Il participe également en 1972 au film à sketches de Woody Allen Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans jamais oser le demander) dans lequel son personnage, le docteur Ross, tombe amoureux d’une brebis ! [Voir la bande-annonce]

Gene Wilder et la brebis Daisy dans Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans jamais oser le demander) de Woody Allen (1972)

Pour leur troisième collaboration, Mel Brooks et Gene Wilder co-écrivent Frankenstein Junior (Young Frankenstein), une adaptation délirante du roman de Mary Shelley. Wilder endosse les habits du célèbre docteur aux côtés du génial Marty Feldman, mais aussi de Madeline Kahn, Cloris Leachman, Teri Garr et Peter Boyle dans le rôle du monstre. [Voir la bande-annonce]
Brooks et Wilder sont nommé aux Oscars dans la catégorie Meilleur scénario mais c’est Le Parrain 2ème partie qui rafle la statuette. En guise de lot de consolation, le film a tout de même été classé sixième de la liste des 101 scénarios les plus drôles de tous les temps établie par les membres de la très honorable Writers Guild of America (le syndicat des scénaristes américains) en novembre dernier.

Mel Brooks, Peter Boyle, Marty Feldman, Gene Wilder et Teri Garr sur le plateau de Frankenstein Junior

En 1975, Gene Wilder se lance dans la réalisation de son premier long-métrage, une comédie policière et musicale. Pour Le frère le plus futé de Sherlock Holmes (The Adventure of Sherlock Holmes’ Smarter Brother), il engage Madeline Kahn et Marty Feldman, ses partenaires de Frankenstein Junior. [Voir la bande-annonce] Wilder réalise en tout quatre longs-métrages dont Drôle de séducteur (The World’s Greatest Lover) en 1977 où il a pour partenaires Carol Kane et Dom DeLuise, et La Fille en rouge (The Woman in Red) en 1984, un remake du classique d’Yves Robert Un éléphant ça trompe énormément dans lequel il reprend lui-même le personnage initialement interprété par Jean Rochefort.

Pierre Richard, Gene Wilder et Victor Lanoux durant la Nuit des César 1978 - © Rindoff-Woestelandt-BestImage

C’est d’ailleurs à Jean Rochefort qu’il remet le César du meilleur acteur en 1978 pour sa prestation dans Le Crabe-Tambour de Pierre Schoendoerffer. Il est accompagné sur scène de Pierre Richard et Victor Lanoux qui tournent La Carapate sous la direction de Gérard Oury. Gene Wilder signe également en 1980 l’un des quatre segments du film à sketches Les Séducteurs (les autres sont réalisés par Bryan Forbes, Édouard Molinaro et Dino Risi).

Le frère le plus futé de Sherlock Holmes (The Adventure of Sherlock Holmes’ Smarter Brother) de Gene Wilder (1975)
Drôle de séducteur (Gene Wilder, 1977)
La Fille en rouge (Gene Wilder, 1984)

En 1979, trois ans après Le Shérif est en prison, Gene Wilder renoue avec le western comique sous la direction de Robert Aldrich (Vera Cruz, Les Douze salopards) dans Un rabbin au Far West (The Frisco Kid) aux côtés d’Harrison Ford. En 1986, sa dernière réalisation Nuit de noces chez les fantômes (Haunted Honeymoon) est une comédie horrifique et musicale avec Dom DeLuise et Gilda Radner.

Transamerica Express (Arthur Hiller, 1976)
Faut s'faire la malle (Sidney Poitier, 1980)
Nuit de noces chez les fantômes (Gene Wilder, 1986)

Puis en 1976, le regretté Arthur Hiller – disparu le 17 août dernier à l’âge de 92 ans [lire notre hommage] – met en scène la comédie Transamerica express (Silver Streak) [voir la bande-annonce] dans laquelle il dirige pour la première fois le couple Gene Wilder/Richard Pryor. [Voir le Making-of de Transamerica express] Co-scénariste du Shérif est en prison, ce dernier se lie d’amitié avec son partenaire, et les deux hommes se retrouveront ensuite à trois reprises au cinéma dans Faut s’faire la malle (Stir Crazy) de Sidney Poitier en 1980, Pas nous ! Pas nous ! (See No Evil, Hear No Evil) d’Arthur Hiller en 1989, et Another You de Maurice Phillips de en 1991.

Gene Wilder et Richard Pryor - © Hulton Archive/Getty Images

Après cet ultime collaboration cinématographique avec son ami Richard Pryor, Gene Wilder arrête le cinéma et se met à jouer dans des séries télé jusqu’en 2003 où il apparaît dans Will & Grace. Son dernier rôle important remonte à 1999, où il interprète Mock Turtle dans le téléfilm Alice au pays des merveilles aux côtés de Ben Kingsley, Martin Short, Christopher Lloyd et Whoopi Goldberg.

À l’annonce de la disparition de son ami, Mel Brooks s’est aussitôt exprimé sur son compte Twitter : « Gene Wilder-One of the truly great talents of our time. He blessed every film we did with his magic & he blessed me with his friendship. »

Mel Brooks et Gene Wilder par Jérémie Imbert

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