Rire est une fête de Jean-Marie Poiré (Litos)

Rire est une fête de Jean-Marie Poiré

« Les mémoires sans filtre d’un réalisateur culte ! »
Le sous-titre annonce clairement la couleur et on n’en attendait pas moins de Jean-Marie Poiré, cinéaste aussi imprévisible qu’irrésistible. Après une première édition sortie en 2024 chez Michel Lafon, revoici donc les souvenirs explosifs – en format poche désormais – d’un des rois de la Comédie à la française.

Le livre à peine ouvert, Poiré nous happe avec LE récit que l’on attendait tous, ses retrouvailles avec Valérie Lemercier après le triomphe en salles des Visiteurs. Au cours d’un repas à La Closerie des Lilas, un restaurant gastronomique situé dans le 6ème arrondissement de Paris, il lui annonce vouloir poursuivre l’aventure. Elle refuse : « Au milieu du déjeuner, à la fin des entrées, elle m’avait déjà dit oui, alors qu’elle avait débuté par un non ferme à l’apéritif, et après ce oui, ç’avait été de nouveau non, d’un ton décidé. Les montagnes russes.
– De toute façon, je ne veux plus jamais être dirigée par un homme ! avait-elle ajouté.
J’ai surtout pensé qu’elle ne supportait plus d’être dirigée, point barre. Elle a toujours voulu être la patronne. »

De là, Jean-Marie Poiré déroule peu à peu les différents fils de son existence, au gré de ses envies, sans jamais se soucier d’un quelconque ordre chronologique : la saga des Visiteurs d’abord, puis Les Anges Gardiens, suivi d’une pub avec Josiane Balasko, de Twist again à Moscou, ou encore d’un chapitre consacré à « Jean-Pierre Darroussin, Jean-Pierre Bacri, Gérard Lanvin, Miou-Miou et les autres »… Quitte même parfois à revenir de temps à autre sur certains longs-métrages préalablement abordés !

Le tout gorgé d’anecdotes multiples et hautement réjouissantes. On apprend ainsi que Jerry Lewis aurait pu intégrer la distribution de Papy fait de la résistance s’il n’avait pas été considéré comme « has been » à l’époque, que Bernard Giraudeau est passé à côté de L’Opération Corned Beef en raison de comportement « cassant et glacial » ou que Fabrice Luchini était prêt à tout – sauf de revoir son salaire à la baisse ! – pour interpréter le rôle du dentiste dans Les Visiteurs.

Mais Jean-Marie Poiré ne se contente pas de « balancer », il prend aussi le temps de saluer ceux qui l’ont pleinement accompagné et qu’il a aimé : Dominique Laffin (« Adorable, jolie et juste »), Bernard Blier (« Un régal »), Philippe Noiret (« Touchant et un grand travailleur »), Martin Lamotte (« A se rouler ! »), sans oublier, bien sûr, son plus fidèle complice, Christian Clavier : « Il peut incarner de façon magistrale des caractères à des années-lumière les uns les autres.C’est rare, surtout chez les comiques. Cela le rend plus proche de Jean Gabin que de Louis de Funès ou de Peter Sellers. »

En guise de conclusion à ces mémoires d’anthologie, et en adéquation totale avec sa singularité, Jean-Marie Poiré s’attarde sur ses débuts, sa jeunesse et sa famille. L’occasion d’un bien bel hommage, notamment à son père, Alain Poiré, producteur de référence : « Papa était une bestiole en affaires. Il a créé un catalogue de films pour Gaumont qui vaut plusieurs centaines de millions d’euros. (…) Il lisait souvent les scénarios le week-end. Il hurlait : « Arrêtez votre bruit infernal ! Il faut que je me concentre ! » Vingt minutes plus tard, il ronflait, le script ouvert sur les genoux ou tombé sur la moquette. Il m’en faisait lire parfois, quand j’étais ado, pour connaître mon impression. J’avais critiqué un projet que Marcel Carné, l’emblématique réalisateur des Enfants du Paradis, lui avait soumis.
– C’est assez chiant, avais-je dit à mon père.
(…) Il s’est lâchement planqué derrière mon opinion et j’ai regretté d’avoir ramené ma fraise car je crois que Carné n’a plus jamais tourné. Or, c’était quand même un grand monsieur. »

Bref, un ouvrage libre, cash, drôle et généreux, à l’image de son auteur finalement. L’écriture y est ciselée, tout s’enchaîne à un rythme effréné, et on rit follement.
Il se murmure d’ores et déjà une suite… Vivement !

par Gilles Botineau

Livre de poche - Rire est une fête de Jean-Marie Poiré (Litos)

Rire est une fête (poche)
de Jean-Marie Poiré
préface de Christian Clavier
Éditions Litos
624 pages
Sortie : 16 septembre 2026

Également disponible
Rire est une fête
Éditions Michel Lafon
432 pages
Sortie : 11 avril 2024

Rire est une fête de Jean-Marie Poiré (Michel Lafon)

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