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Daniel Boulanger (2e en partant de la droite) dans Le Farceur (Philippe de Broca, 1960)

Hommage à Daniel Boulanger

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris la disparition lundi 27 octobre 2014 à l’âge de 92 ans d’un des scénaristes et dialoguistes les plus talentueux du cinéma français : Daniel Boulanger.

Il avait écrit et dialogué les meilleures comédies de Philippe de Broca : Les Jeux de l’amour (1960), Le Farceur (1960), L’Amant de cinq jours (1961), Cartouche (1962), Les Veinards (1963), L’Homme de Rio (1964), Les Tribulations d’un Chinois en Chine (1965), Le Roi de cœur (1966), Le Diable par la queue (1969), Les Caprices de Marie (1970).

Le Farceur (Philippe de Broca, 1960)
L'Homme de Rio (Philippe de Broca, 1964)

Le Diable par la queue (Philippe de Broca, 1969)
Daniel Boulanger avait également collaboré à de nombreuses comédies devenues pour la plupart des classiques du genre : Le petit garçon de l’ascenseur (Pierre Granier-Deferre, 1962), Peau de banane (Marcel Ophüls, 1963), Échappement libre (Jean Becker, 1964), La Vie de château (Jean-Paul Rappeneau, 1966), Monnaie de singe (Yves Robert, 1966), Tendre voyou (Jean Becker, 1966), Le Voleur (Louis Malle, 1967), Les Pétroleuses (Christian-Jaque, 1971), Les Mariés de l’an II (Jean-Paul Rappeneau, 1971) et Pas folle la guêpe (Jean Delannoy, 1972).

Il avait également fait des apparitions dans quelques films de Philippe de Broca (Les Jeux de l’amourLe Farceur, Le Roi de cœur), de François Truffaut (Tirez sur le pianiste (1960), La Mariée était en noir (1968), Domicile conjugal (1970)), et même dans À bout de souffle (Jean-Luc Godard, 1960) et dans La Zizanie (Claude Zidi, 1978).

••• En juin 2003, Stéphane Lerouge recueillait ce témoignage poignant de Philippe de Broca :

« Pendant dix ans, des Jeux de l’amour aux Caprices de Marie, mes films ont été coécrits par Daniel Boulanger et mis en musique par Georges Delerue. Comme le résultat d’une symbiose à trois… J’étais au centre, encadré par deux auteurs qui intervenaient aux deux extrémités de la chaîne. Je pensais -et je pense toujours- qu’ils avaient plus de talent que moi ! (rires) Boulanger, en particulier, me fascinait et me terrorisait : je le trouvais intellectuellement plus original, plus inventif que moi-même. J’étais influencé par sa personnalité, par son sens du baroque, par ses trouvailles humoristiques ou poétiques. Trouvailles que j’acceptais car il me dominait. C’est tout le drame de ma vie : j’ai le sens de la grandeur mais sans avoir de génie. Il me faut des collaborateurs pour me tirer… Georges, lui, une fois le film tourné, me ramenait à l’essentiel, à ce que je voulais exprimer : la vie, avec ses drôleries, ses renoncements, ses petits désespoirs ou ses grands chagrins, le tout enveloppé de légèreté… car il s’agit d’abord de comédies, ce qui est de ma part une courtoisie ou une lâcheté.

Le début des années soixante-dix a marqué la fin de notre trio. Après Les Caprices de Marie, je ne travaillerais plus avec Boulanger… sauf pour Chouans !, en 1987, qui est l’aboutissement d’un vieux projet élaboré des années plus tôt. Quant à Georges, notre collaboration allait se poursuivre mais de manière plus discontinue. Curieusement, mon premier film sans Boulanger a aussi été mon premier film sans Georges : La Poudre d’escampette, écrit par Jean-Loup Dabadie, en 1971. Après neuf longs-métrages, je n’avais pas de scrupule à abandonner ponctuellement l’ami Delerue. C’était une infidélité, pas une trahison. De son côté, il travaillait sans arrêt, pour des tas d’autres metteurs en scène… Au départ, je croyais naïvement que nous aurions encore plus de plaisir à refaire équipe sur le film d’après… En réalité, c’est plutôt l’inverse qui s’est produit. Vous desserrez des liens que vous ne retrouvez plus à l’identique… Quand le trio s’est reformé pour Chouans !, il était déjà trop tard. Trop de temps avait passé… Je n’ai plus retravaillé avec Boulanger, que j’ai depuis complètement perdu de vue, je n’ai plus revu Georges qui nous a quittés quatre ans plus tard… Même si je suis orphelin des deux, je souffre moins de l’absence de Delerue : il n’est plus avec nous. Alors qu’il suffirait d’un coup de fil à Boulanger… (silence) »

Daniel Boulanger (2e en partant de la droite) dans Le Farceur (Philippe de Broca, 1960)

par Jérémie Imbert

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