Un an après son succès aux Oscars, Mel Brooks se lance dans l’adaptation du roman satirique russe Les Douze chaises, écrit en 1927 par Ilya Ilf et Yevgeny Petrov. Immensément populaire en Union soviétique, l’ouvrage raconte la quête à travers la Russie des années 1920 d’une fortune en diamants et bijoux dissimulés dans une des douze chaises d’un mobilier familial caché dans un village de Sibérie.
Ron Moody, Frank Langella et Dom De Luise interprètent les rôles principaux de The Twelve Chairs (Mystère des douze chaises) lors d’un tournage cauchemardesque dans la Yougoslavie communiste de Tito. « Quand je suis arrivé, mes cheveux étaient noirs. Quand je revins neuf mois après, ils étaient gris », se souvient Mel Brooks en évoquant un séjour entravé par le barrage linguistique et la rigueur du régime communiste. Lors de sortie en octobre 1970, Le Mystère des douze chaises est ignoré par le public, tandis que la presse décrit une comédie historique poussive à peine rachetée par la brève et première apparition à l’écran dans un de ses films de Mel Brooks dans le rôle d’un concierge alcoolique et nostalgique de la Grande Russie.
SYMPHONIE PÉTOMANE
Profondément marqué par cette désillusion, Brooks devra patienter quatre ans avant de retrouver le chemin des salles obscures. Initialement intitulé Tex X (une référence à Malcolm X), puis Black Bart, du nom du personnage principal, et finalement Blazing Saddles (« Selles en flammes » en VF), Le Shérif est en prison s’inspire d’une trame imaginée par l’auteur Andrew Bergman, puis développée avec le concours de Mel Brooks, des scénaristes Norman Sternberg et Alan Uger, ainsi que du comédien Richard Pryor. Ce dernier était pressenti pour interpréter le rôle principal d’un Shérif noir parachuté à Rock Ridge, une ville bigote et raciste de l’Ouest américain, mais la production, alertée par les problèmes psychotropes du comique, lui préfère finalement Cleavon Little.
Pour celui du Waco Kid, son partenaire, Brooks approche John Wayne, qui avait exprimé son enthousiasme pour Les Producteurs. Après lecture, le Duke décline la proposition, par peur de désarçonner son public. Malgré des rumeurs faisant état de ses problèmes d’alcoolisme, Gig Young, un vétéran de l’âge d’or d’Hollywood, est engagé. Le jour du tournage, l’interprète de La Charge fantastique et de Sergent York conclut sa première réplique par un jet de vomi digne des éruptions démoniaques de L’Exorciste. Il est finalement remplacé par Gene Wilder. À ses côtés, on retrouve Dom De Luise et une nouvelle actrice incontournable des castings de Mel Brooks : l’exceptionnelle Madeline Kahn, remarquée dans On s’fait la valise, docteur ? et La Barbe à papa de Peter Bogdanovich.
Après avoir condensé un premier script de plus de 400 pages occasionnant un film de sept heures, les auteurs parviennent à réduire la voilure et à convaincre la Warner, qui donne le feu vert à un western parodique doté d’un généreux budget de 2,6 millions de dollars. Mel Brooks s’octroie le poste de réalisateur et obtient même du studio le final cut, un privilège rare dont bénéficient seulement quelques cinéastes à l’époque, dont Woody Allen et Francis Ford Coppola. Le tournage a lieu en Californie entre mars et mai 1973, suivi d’une longue période de montage au cours de l’été.
Arrive ensuite la redoutable épreuve de la projection-test. Lors de la première réservée aux cadres exécutifs de la Warner, aucun rire ne fuse, mais au cours de la seconde organisée en présence d’employés du studio, la salle explose, à la grande satisfaction de Mel Brooks : « Ce fut comme dans un tableau de Chagall. Les gens sautaient en l’air. Ils riaient aux larmes. Les éclats de rire étaient trop forts pour être vrais. C’était un succès énorme. C’était splendide. » Comment résister devant un tel tsunami de gags visuels (le cheval terrassé par KO), de non-sens total (l’irruption du film dans le film, une idée que Mel Brooks réintroduira dans La Folle histoire de l’espace), d’anachronismes savoureux (les selles estampillées Gucci, le péage automatique en plein désert) et les performances sidérantes de seconds rôles, de l’époustouflant numéro musical de Madeline Kahn à la prestation hystérique d’Harvey Kormann, l’interprète du survolté gouverneur Hedley Lamarr ? « Le Shérif est en prison a été un grand pas pour moi, déclarera Mel Brooks. Je ne m’étais pas encore servi d’une partie de moi qui est l’anarchie. En tant que réalisateur, ce film marque le début de mon irrespect pour la réalité. Pour la première fois, j’ai démoli le quatrième mur en faisant reculer la caméra lors d’une bagarre dans une ville de western pour montrer au public que l’action se déroulait dans une fausse rue de western dans les studios de Warner Bros. »
Parmi les nombreuses séquences cultes du Shérif est en prison, celle de la symphonie pétomane, symptomatique de l’humour Rabelaisien de Mel Brooks, est sans doute celle qui a le plus marqué les esprits. « Dans n’importe quel western, les cowboys s’assoient autour du feu et mangent des kilos de haricots et on n’entend jamais le moindre bruit, remarque-t-il. Pendant 75 ans, ces solides gaillards barbus et chevelus se sont battus et tirés dessus avec leurs revolvers à six coups, et aucun d’eux n’a jamais le courage de lâcher un pet. Je suis convaincu que la scène du Shérif est en prison, est amusante parce que les pets de notre société sont amusants. Les pets sont une minorité opprimée. Les pets sont humains, et même beaucoup plus que certaines personnes. » À la sortie du film sur les écrans américains le 7 février 1974, le grand public ne s’y trompe pas : emporté par l’anarchie comique d’un délire aux accents d’Hellzapoppin, il offre à Mel Brooks son premier grand succès commercial.
Pour autant, la critique reste divisée, partagée entre l’inventivité de son écriture et la vulgarité assumée de certaines scènes. « Le Shérif est en prison est une comédie qui propose une ouverture, se défend Mel Brooks. Il introduit les spectateurs dans un domaine où le film comique n’était jamais entré : une certaine sorte de satire, de vulgarité. Certains critiques se sont sentis mal à l’aise, désorientés, et ils ont pensé que le public devait l’être aussi. » Après avoir amassé plus de 30 millions de dollars au box-office américain, Le Shérif est en prison est nommé dans trois catégories aux Oscars : meilleur montage, meilleure chanson originale (« Blazing Saddles » de John Morris et Mel Brooks) et meilleure actrice dans un second rôle pour Madeline Khan. Le film repart bredouille de la cérémonie, au moment même où Mel Brooks vient de dévoiler le chef-d’œuvre sa carrière.
FRAN-KEN-STEEN !
Quelques mois plus tôt, lors d’une pause pendant le tournage du Shérif est en prison, Mel Brooks surprend Gene Wilder en train griffonner quelques notes dans un carnet à la couverture barrée du titre Young Frankenstein. « J’ai l’idée d’un film sur le petit-fils du Baron Frankenstein, l’informe le comédien. Il est un scientifique réputé qui ne croît pas à la réanimation des cadavres. Bien qu’il soit scientifique, il est aussi fou que tous les Frankenstein. C’est dans son cœur, dans ses veines, dans ses os. Il ne peut rien y faire. » « Ça a l’air intéressant, lui répond Mel Brooks. Quel serait ton rêve pour ce film ? ». Gene Wilder : « Que tu l’écrives avec moi et que tu le réalises. » « Tu as de l’argent sur toi ? », l’interroge le cinéaste. « 57 dollars », rebondit Gene Wilder. « C’est un bon début. Je les prends comme une avance », conclut Brooks en acceptant le projet.
Fascinés durant leur enfance par la légende de Frankenstein — Mel Brooks se souvient avoir été terrifié par la découverte d’un des premiers grands classiques du cinéma d’horreur à l’âge de six ans — Brooks et Gene Wilder s’attèlent à une remise à jour de Frankenstein et La Fiancée de Frankenstein, les adaptations par James Whale en 1931 et 1935 du roman de Mary Shelley, lui-même inspiré du mythe de Prométhée. Baptisée Young Frankenstein (Frankenstein Junior), leur relecture choisit la carte du détournement parodique, tout en rendant un hommage scrupuleux à l’esthétique gothique des productions originales des films Universal. Sous l’impulsion de la Fox, de grands moyens sont mis en œuvre pour concrétiser la vision commune de Mel Brooks et de Gene Wilder : un château grandeur nature et les rues d’un village bavarois sont construits à grands frais sur le plateau numéro 5 de la Fox et un second appartenant à la Metro Goldwyn Mayer. Pour recréer le laboratoire du Dr. Frankenstein, les décorateurs utilisent des accessoires utilisés quarante ans plus tôt lors des tournages de James Whale. De son côté, l’équipe technique compte de prestigieux vétérans hollywoodiens, parmi lesquels la costumière Dorothy Jeakins, (La Mélodie du bonheur, Little Big Man, et le maquilleur William Tuttle (Chantons sous la pluie, La Mort aux trousses). Touche finale à leur hommage aux classiques d’Universal, Mel Brooks et Gene Wilder insistent pour que le film soit tourné en noir et blanc. Après de multiples conflits avec la production, ils obtiennent satisfaction et recrutent le directeur de la photographie Gerald Hirschfeld, dont le travail exceptionnel donnera à Frankenstein Junior une splendide patine années 1930.
À l’instar de sa remarquable équipe technique, le casting du quatrième long-métrage de Mel Brooks offre une distribution de haut vol. Cependant, celui-ci est en grande partie le fruit d’un heureux hasard : si le rôle du fantasque Frederick Frankenstein (prononcez Fran-ken-steen), le petit-fils du docteur de sinistre mémoire, revient naturellement à Gene Wilder, ce dernier peine à imaginer les comédiens capables d’endosser ceux de la créature monstrueuse et du facétieux laborantin Igor. Alors qu’il est train de travailler sur le scénario, Mike Medavoy, son agent, lui demande s’il aurait l’idée d’un projet le réunissant avec Peter Boyle, le massif acteur new-yorkais remarqué dans l’inquiétant rôle-titre de Joe (John J. Avildsen, 1970) et Marty Feldman, le comique britannique aux légendaire regard divergent. « Peut-être bien. Pourquoi ? », l’interroge Gene Wilder. « Parce que je les représente depuis peu et qu’ils sont assis devant moi », lui répond l’agent. À leur côtés, Madeline Kahn et Kenneth Mars — qui reprend son accent allemand des Producteurs dans le rôle du débonnaire Inspecteur Kemp — prolongent leur collaboration avec Mel Brooks, tandis que Terri Garr (Inga, l’assistante ingénue du Dr. Frankenstein) et Cloris Leachman, qui interprète la sinistre gouvernante Frau Blücher, complètent la distribution.
Le tournage de Frankenstein Junior démarre en février 1974 et s’étale sur trois mois. Le jour de sa première prise, Marty Feldman est chargé de frapper à la porte du château reconstitué. À la grande stupeur du comédien et de l’équipe, l’imposant décor s’abat brutalement au premier coup de gond, pile au moment où la Californie est secouée par un tremblement de terre ! Tout au long du tournage, acteurs et techniciens sont confrontés à un autre type de problème : impossible de garder son sérieux lors des prises de vue, souvent interrompues par les fous rires provoqués par les situations et les dialogues épiques ciselés par le tandem Brooks-Wilder. Ami et partenaire de tennis de Gene Wilder, Gene Hackman effectue une apparition marquante dans le rôle d’un ermite aveugle et maladroit, qui finit par ébouillanter et incendier le pouce de la créature de Frankenstein. En fin de prise, l’acteur oscarisé de French Connection improvise la réplique « reviens ! J’allais faire un expresso. » Malgré un nombre incalculable de prises, ni Hackman, ni les membres de l’équipe présents sur le plateau ne parviennent à réprimer leurs rires — la réplique originale est brutalement suivie d’un fondu au noir dans la version finale du film. Afin de remédier à ce problème persistant, Mel Brooks a l’idée de commander un millier de mouchoir en tissus. « Je suis allé les chercher moi-même dans un magasin, et j’ai dit à l’équipe : « si vous avez envie de rire, mettez-les dans votre bouche », racontera le réalisateur. En plein milieu du tournage d’une scène, je me suis retourné et j’ai vu un océan de mouchoirs blancs dans la bouche de toutes les personnes présentes. Je me suis alors dit que ce film allait être un énorme succès ».
Avant d’y parvenir, Mel Brooks doit cependant surmonter la cruciale épreuve du montage. « Parfois, j’hésitais entre un magnifique plan en noir et blanc et une performance comique de Marty Feldman, relatera le cinéaste. En général, je choisissais la scène de comédie de Marty Feldman, mais je ne voulais pas non plus sacrifier la qualité visuelle du film au profit de la comédie. J’ai fini par revenir à James Whale et à ses techniques de montage des années 1930, qui ont donné au film le caractère authentique de ceux de l’époque de Whale, en reliant de manière presque invisible l’art et la comédie. » Malgré ce parti-pris, une première version de deux heures et 22 minutes ne satisfait pas la Fox. Mel Brooks revoit sa copie et délivre trois semaines plus tard un montage final d’une durée de 95 minutes. Frankenstein Junior sort sur les écrans américains le 15 décembre 1974, dix mois à peine après Le Shérif est en prison, et devient un classique instantané de l’histoire de la comédie. Cette fois, la critique et le public s’accordent en consacrant Mel Brooks en tant qu’auteur et entertainer populaire. « De tous mes films, c’est Frankenstein Junior que j’aime le plus, déclarera Mel Brooks en 2014. J’ai dû faire très attention à ne pas être juste bêtement drôle, mais à l’être vraiment. » En revanche, le film marque la dernière collaboration entre le réalisateur et Gene Wilder. En 1984, lors de la sortie de La Fille en rouge, le remake américain d’Un éléphant, ça trompe énormément, Wilder reviendra sur les raisons de la fin de leur partenariat à l’écran : « Mel interprétait les rôles que je ne pouvais pas jouer. Il ne pouvait pas jouer le Docteur Frankenstein. Il aurait pu essayer de jouer celui de Marty Feldman, Igor, mais pas celui de Leo Bloom dans Les Producteurs, ni le Waco Kid du Shérif est en prison. Lui-même se considère davantage comme un performer plutôt qu’un acteur. Mais il veut apparaître de la manière la plus flatteuse, et ses scénarios sont adaptés à son personnage. Du coup, je n’ai plus de rôle à jouer… À l’époque, il se disait : « je vais écrire ce dont je rêve car Gene pourra le jouer. » J’étais le protagoniste de ses films, mais c’est lui qui occupe cette place désormais. »
PROJET ANACHRONIQUE… ET MUET
Dorénavant considéré comme une valeur sûre à Hollywood, Mel Brooks bénéficie d’une liberté créative et financière inédite au moment d’aborder le pari le plus fou de sa carrière. Après avoir rendu un hommage appuyé au western dans Le Shérif est en prison et aux classiques de l’horreur avec Frankenstein Junior, l’auteur-réalisateur et comédien salue la mémoire du cinéma muet dans Silent Movie, titré en français La Dernière folie de Mel Brooks. L’idée de ce projet totalement anachronique dans l’industrie cinématographique du milieu des années 1970 vient du scénariste et auteur Ron Clark, une vieille connaissance de Mel Brooks rencontrée lors de ses années de gagman pour la télévision. En compagnie des co-scénaristes Rudy De Luca et Barry Levinson (futur réalisateur de Good Morning Vietnam et Rain Man), Brooks et Clark imaginent une mise en abîme dans laquelle le réalisateur Mel Funn — interprété par Mel Brooks pour son premier rôle principal dans un de ses films — tente de convaincre des producteurs de financer le premier film muet depuis quarante ans.
Marty Feldman et Dom De Luise se retrouvent au générique aux côtés de Sid Caesar, le mentor du jeune Mel Brooks, et d’un prestigieux aréopage de stars hollywoodiennes jouant leur propre rôle : Paul Newman, Burt Reynolds, James Caan, Liza Minelli, Anne Bancroft et… le Mime Marceau, qui prononce l’unique réplique parlée du film !
« Nous nous sommes tellement amusés pendant le tournage que j’ai cru que le film n’allait pas récolter un centime au box-office, se souviendra Mel Brooks. Parfois, Marty Feldman, Dom De Luise et moi-même pouvions rire pendant trois quarts d’heure non-stop. Il fallait tout arrêter, renvoyer les gens et attendre que nous nous arrêtions. » À l’inverse, Marty Feldman gardera un souvenir plus contrasté du tournage : contre l’avis de Mel Brooks, le comique au strabisme divergent insiste pour effectuer ses cascades lui-même et se blesse lourdement à plusieurs reprises. Il souffrira de douleurs persistantes au cours des années suivantes. Silent Movie marque son ultime apparition dans un film de Mel Brooks, six ans avant sa disparition en 1982 à l’âge de 48 ans.
De la même manière que Frankenstein Junior reprenait les codes du cinéma d’horreur des années 1930, Silent Movie se réapproprie avec délectation ceux du burlesque et du slapstick des débuts du cinéma. Les répliques apparaissent à l’écran sous forme de cartons, les charlestons de John Morris ponctuent la bande-son et on aperçoit même Harry Ritz des Ritz Brothers, rivaux oubliés des Marx Brothers, dans le rôle d’un tailleur.
Cependant, Mel Brooks et ses scénaristes ancrent leur récit dans le présent à l’aide des couleurs vives du soleil Californien et la présence de la technologie moderne, avec, entre autres, une poursuite en chaises roulantes motorisées, un distributeur de sodas détraqué et un moniteur cardiaque transformé en jeu de ping-pong électronique. « Si Buster Keaton vivait encore, que ferait-il ?, s’interroge Mel Brooks pendant l’écriture de Silent Movie. C’est ce à quoi nous devons réfléchir, nous ne devons pas reprendre les techniques du cinéma muet, mais, au contraire, créer les nôtres avec la technologie actuelle. »
Perle méconnue de la filmographie de Mel Brooks, Silent Movie est salué par la critique lors de sa sortie aux États-Unis le 16 juin 1976, mais son irrésistible clin d’œil au cinéma muet peine toutefois à atteindre les scores mirobolants du Shérif est en prison et de Frankenstein Junior au box-office. En revanche, à sa sortie en France le 13 octobre 1976, les spectateurs sont 1.435.428 à se rendre dans les salles et rire aux éclats devant la nouvelle pépite brooksienne.
L’OMBRE D’ALFRED HITCHCOCK
Pour autant, Mel Brooks n’en n’a pas fini avec les hommages : le générique de High Anxiety (Le Grand Frisson), son film suivant, s’ouvre par le message « ce film est dédié à Alfred Hitchcock, le maître du suspense ». Considéré par Mel Brooks comme le plus grand metteur en scène de tous les temps, Hitchcock et son univers sont au cœur de cette nouvelle parodie, de ses personnages principaux (Brooks et Madeline Kahn en décalque du couple Cary Grant/Grace Kelly) à son décor (le San Francisco de Sueurs froides) en passant par de multiples clins d’œil à la filmographie du maître, de Fenêtre sur cour à Rebecca, Les Oiseaux et Psychose. Harvey Korman et Cloris Leachman apparaissent également au casting d’une intrigue ayant pour cadre « la clinique des gens très TRÈS nerveux » et son mystérieux personnel.
Sollicité par Mel Brooks pour effectuer une apparition, Alfred Hitchcock a courtoisement décliné l’invitation, mais a tout de même participé indirectement au Grand frisson. Après avoir revisionné les classiques du maître, Brooks décroche son téléphone. « Est-ce vraiment Mel Brooks à l’appareil ? J’aime beaucoup vos films. J’ai adoré Le Shérif est en prison, qui est miraculeusement drôle », s’enthousiasme Hitchcock à l’autre bout du fil, avant d’inviter Brooks à venir lui présenter son scénario. Durant plusieurs semaines, Mel Brooks se rend aux studios Universal et obtient de précieux conseils scénaristiques lors de copieux déjeuners. « Je n’arrivais pas à y croire !, écrit Mel Brooks dans son autobiographie. Tous les vendredis, le grand Alfred Hitchcock me donnait des conseils… Et un repas gratuit ! ».
Lors de l’avant-première du Grand frisson le 25 décembre 1977, Mel Brooks est assis à côté d’ « Hitch ». Au cours de la projection, Alfred Hitchcock reste silencieux, puis quitte la salle après le générique de fin sans dire un mot. Dévasté, Mel Brooks retourne à son bureau et découvre un énorme paquet cadeau contenant six magnums de Château Haut-Brion 1961 accompagné d’un mot : « Mon cher Mel, quel splendide divertissement, un de ceux qui ne risquent pas de vous donner le moindre frisson. Je vous remercie humblement pour votre dévotion et vous envoie des mercis supplémentaires depuis le pont du Golden Gate. Avec ma plus grande considération, et une fois encore mes plus chaleureux remerciements. Hitch. »
Malgré cet hommage vibrant, le public boude la sortie du film en décembre 1977, et la critique éreinte le pastiche Brooksien du cinéma Hitchcockien. « Le Grand frisson est l’antithèse absolue de Frankenstein Junior : mise en scène bâclée, pitreries douteuses, scénario inexistant, effets répétés à satiété. Le cinéphile, bien sûr, enregistre automatiquement chaque citation, ça fait tilt dans sa tête. Et puis après ? », observe Alain Remond dans Télérama en septembre 1978. Malgré tout, près de 900.000 spectateurs seront au rendez-vous dans les salles françaises, une preuve supplémentaire de l’attachement du public hexagonal pour le cinéaste new-yorkais.
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SOURCES
Livres
All About Me! My Remarkable Life in Show Business de Mel Brooks (Penguin Random House, 2021)
Mel Brooks de Giannalberto Bendazzi (Editions Glénat, 1980)
Young Frankenstein: The Story of the Making of the Film de Mel Brooks (Black Dog & Leventhal, 2016)
eyE Marty de Marty Feldman (Coronet, 2015)
Documentaire
Mel Brooks : Une légende de 99 ans (Mel Brooks: The 99 Year Old Man!) documentaire en 2 parties de Judd Apatow et Michael Bonfiglio (2026)
CineComedies











