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Un rôle à risques pour Sim chez Michel Audiard

Elle est chouette, ma gueule ! de Sim (Flammarion, 1983)Pour Sim, la comédie de Michel Audiard Une veuve en or, sortie en France le 24 octobre 1969, a bien failli être son premier et dernier film !

Dans ses mémoires, Elle est chouette, ma gueule ! (Flammarion, 1983), Sim raconte comment son tout premier film a bien failli être le dernier ! Michel Audiard lui a en effet confié un rôle dans Une veuve en or, sa deuxième réalisation, celui d’un assassin professionnel chargé par Michèle Mercier d’éliminer Claude Rich. Atteint d’un fort strabisme, il poursuit sa cible à travers tout Paris et la rate systématiquement, au détriment de pauvres passants innocents. Le tournage fut épique…

Sim et Folco Lulli dans Une veuve en or (Michel Audiard, 1969)Sim est d’abord juché tout en haut de la colonne Vendôme. « Comme il y avait des travaux sur la place Vendôme, l’appareil était masqué par une palissade et les passants ne pouvaient voir ni l’équipe technique ni la caméra. Personne n’avait pensé que ma présence en haut de la colonne pouvait se remarquer de façon flagrante. D’autant plus que j’étais armée d’une carabine 22 long rifle dotée d’une lunette grossissante. Accroupi à mes pieds, un technicien communiquait avec Audiard à l’aide d’un talkie-walkie. Au moment où je reçus le top de départ pour jouer la scène, je n’imaginais pas que tout le quartier voyait un type brandissant un fusil en haut de la colonne Vendôme ! Ma vision accrocha un motard de la police qui se tenait devant la joaillerie Boucheron. Ce que je vis en plein centre de ma lunette me fit oublier le cinéma en une fraction de seconde. Le flic venait de se rendre compte que j’étais en train de le viser. Se croyant menacé, je le vis dégainer son revolver et le pointer vers moi.

 – Coupez ! hurlai-je le plus fort possible en me rejetant en arrière.

Dans le talkie-walkie, j’entendis la voix d’Audiard qui demandait des précisions sur ce texte qui ne faisait pas partie du scénario. Elles lui furent apportées par une escouade d’agents de police qui ne tarda pas à arriver. Michel expliqua que tout cela n’était que du cinéma et que le forcené de la colonne n’était autre qu’un comique pacifique. »

Sim dans Une veuve en or (Michel Audiard, 1969)
Sim et Folco Lulli dans Une veuve en or (Michel Audiard, 1969)

Sim se retrouve ensuite le long de la corniche surplombant la place de l’Opéra Garnier. Devant marcher en louchant au bord du vide n’est pas une mince affaire. « L’acteur italien Folco Lulli me suivait à environ deux mètres et me donnait les indications nécessaires pour éviter que je ne mette un pied dans le vide. La scène étant muette, il lui suffisait de cacher le mouvement de ses lèvres derrière le col de son veston qu’on avait relevé. Pour tout arranger, il s’exprimait en italien et je n’ai jamais compris un traître mot de cette langue. C’était uniquement le ton de sa voix qui allumait les feux rouges de mon instinct de conservation. Le cameraman était devant moi et marchait à reculons, sa caméra sur l’épaule. Il était guidé par deux assistants. (…) Dix fois, j’ai failli risquer un plongeon sur la place. Heureusement, que les cris d’alarme de Folco me ramenaient dans le droit chemin. À la fin du travelling, je devais m’arrêter contre une cheminée et tirer un coup de feu sur Claude Rich qui traversait la place.

Sim dans Une veuve en or (Michel Audiard, 1969)

À l’instant où j’armai mon fusil, ma cravate se prit dans la culasse. Ce qui eut pour effet de faire tomber ma lunette d’approche dans la cheminée et de me faire copieusement engueuler par un maître de ballet qui avait reçu l’engin sur le crâne. Par le conduit qui aboutissait dans sa salle de répétition, il avait entendu des hurlements en italien. Intrigué, il avait passé sa tête sous la hotte au mauvais moment. »

Enfin, Sim et son partenaire tournent une scène aux Champs-Élysées sur la terrasse Martini. « Folco et moi traversions l’avenue pour rejoindre le restaurant d’en face. J’avais dans la poche une centaine de faux billets de cinq cents francs qui servaient dans le film. En plein milieu de l’avenue, je voulus prendre un paquet de cigarettes dans ma poche. Involontairement je sortis une liasse de billets qu’un grand coup de vent éparpilla au milieu de la circulation, et le remue-ménage qui s’ensuivit fut assez mémorable. Les gens couraient comme des fous après les coupures qui s’envolaient en direction de l’Étoile. Des voitures s’arrêtaient net pour éviter d’écraser les chasseurs de billets qui en venaient aux mains. Il y eut des gnons et de la tôle froissée au milieu de la fortune bidon qui tournoyait dans les airs.

Sim et Folco Lulli dans Une veuve en or (Michel Audiard, 1969)

Très gêné par cet incident, Folco gagna le trottoir d’en face au pas de course pendant que je tentais de récupérer mes billets dans la tourmente. Un agent vit le gros Italien à l’allure inquiétante et crut qu’il s’enfuyait. Il le rattrapa au milieu des parcmètres de la contre-allée. Je suis arrivé au moment où ça allait vraiment se gâter pour Folco. L’agent venait de découvrir, sous son veston, un holster contenant le colt fourni par la Gaumont. Compte tenu de nos mines patibulaires et de l’envol de nos capitaux vers l’arc de Triomphe, j’eus beaucoup de mal à expliquer la vérité à l’agent. (…) Nous fûmes sauvés par l’arrivée de trois autres gardiens de la paix.

Avant de nous laisser partir, l’un des agents me demanda :
– C’était des faux billets ?
– Oui, lui répondis-je.
– Ah bon, fit-il avec regret.
Et il me rendit une coupure de cinq cents francs qu’il sortit de sa poche. 
»

Sim survécut heureusement au tournage, ce qui nous permit de l’admirer en libellule dans Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… elle cause ! du même Audiard un an plus tard…

par Philippe Lombard

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